Tout le bleu du ciel – Revue de presse

Tout le bleu du ciel de Mélissa Da Costa

Revue de presse

PRIX

Tout le bleu du ciel est sélectionné parmi les 21 livres en lice pour le Prix Orange du livre.

T.V.

Emission « Dans quelle éta-gère » sur France 2 en replay ici.

Emission « Interdit d’interdire » de Frédéric Taddéi sur RT en replay ici.

Emission « Vive les livres ! » de Patrick Poivre D’Arvor sur CNEWS en replay ici.

PRESSE

« Voilà un livre qui vous attrape dès les premières lignes. » « Le dénouement est d’une grande beauté. **** » Anne Crignon, L’ObsCliquez ici pour lire l’article

« Une merveilleuse surprise. » « Une aventure inoubliable. » Flavie Philipon, ELLE  – Cliquez ici pour lire l’article

« Un premier roman lumineux. » « Un voyage bouleversant que l’on imagine déjà sur grand écran. » H.R., Version FeminaCliquez ici pour lire l’article

« Un livre aux dialogues impeccables et aux personnages touchants d’humanité », Ariane Bois, Psychologie magazine – Cliquez ici pour lire l’article

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Lettre au calife (6)

Grand calife, cela sent le brûlé. Ces horribles images sur le pont en face du musée d’Orsay. Ce boxeur fou tapant sur un gendarme mobile qui ne sort pas son arme, qui se défend avec son bouclier et dont on craint qu’il ne soit lynché ou balancé dans la Seine par les émeutiers. Émeutiers qui n’étaient plus des gilets jaunes? Est-ce sûr?  La république attaquée, la république héritière de la révolution française, qui s’émeut alors que ce sont les ancêtres des gilets jaunes qui l’ont fondée avec la même violence, la même haine. Autre temps, autre mœurs! La république serait légitime en se défendant contre les émeutiers  là ou la monarchie ne l’était pas ou plus?

La même sidération devant l’écran. A Paris, une violence extrême, en Province des défilés plus bons enfants. Calife, ne vous trompez pas : quand vous mettez tout sur la violence et tout sur le Pouvoir d’achat. N’y a-t-il pas une autre question qui est beaucoup plus dangereuse pour vous. Le Progrès est-il légitime? Ne laisse-t-il pas trop de gens sur la route? Pas seulement un problème d’argent, de revendications salariales, mais bien plus l’expression d’un malaise. Il faudrait peut-être délocaliser le Palais de l’Elysée, vous installer à Prémery ou dans un des milliers de Prémery de France. On vous a comparé à Bonaparte quand vous avez enlevé le pouvoir, réussi à chasser tous les prétendants au califat. Bonaparte est parti en campagne, il a franchi le Pont d’Arcole sous les balles avant de revenir vainqueur à Paris.. Si vous installiez votre QG de campagne dans un de ces villages moribonds, si vous vous mettiez au cœur des Gilets jaunes?

Je ne vous propose plus de sortir du Palais par une porte dérobée, déguisé en promeneur… je vous propose de vous mettre au centre du pays, bien en vue, de mener la bataille avec eux, pour eux et pas contre eux. C’est ce qu’ils attendent de vous, au fond.

« on mort à petit feu » dit un artisan dans le JJD. C’est cela votre front. combattre la mort à petit feu. Courage!

 

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lettre au grand calife (5)

Grand calife, je vous imagine calfeutré dans votre Palais. N’osant même plus vous glisser la nuit dans la rue, déguisé, pour entendre vos sujets. Vous  savez ce qu’ils disent de vous, vous voyez la violence déchaînée l’autre soir contre des motards sur la plus belle avenue du monde. Il y avait des envies de meurtre, des gestes de meurtres chez ceux qui portaient le gilet jaune. C’était effrayant. Comment des hommes arrivaient-ils à vouloir blesser, tuer des policiers, 4 où 5, seuls, face à eux les encerclant. Oui effrayant. Comment en étions-nous arrivés là ?

J’avais eu un déclic lors de cette cérémonie, de votre commémoration de l’Armistice entre nos peuples européens en guerre.  Vous aviez convié 70 chefs d’Etats, les plus grands de la terre étaient venus. Vous vous étiez offert à leur admiration. Seul au centre des regards, seul à passer en revue les corps de militaires, seul à être en mouvement, seul en fait à faire quelque chose. Les « grands » ne pouvaient que vous regarder et probablement ronger leur frein. Quoi, ils avaient traversé les airs et les océans pour seulement voir votre sacre!

Les « grands » devaient vous détester pour cette parodie, devaient se sentir trompés, humiliés. Cette pluie débordante, rester debout, pour voir cela : un petit homme avançant le menton, fier comme un coq, le gaulois se croyant gaullien. Grand calife, je me suis dit que vous aviez perdu la mesure. Il ne faut jamais humilier les hommes. Ils ne pensent plus qu’à leur revanche.

Affronter sa peur? sortir du Palais par la porte dérobée, reprendre soi-même l’air du temps, retourner à Prémery,  pour comprendre ou en sont ses oubliés, ses révoltés, pour comprendre ou vous en êtes vous-même ? Vous poser là bas la question: est-ce une révolution? Suis-je capable d’y répondre? En ai-je la force et l’envie? 

Que va-t-il se passer en ce début d’année qui arrive? Vos agents du fisc, si unanimement détestés dès que que l’on ne comprend plus l’Etat et ses perceptions, vont mettre en route une nouvelle réforme. Elle fera probablement grossir votre impopularité. Avez-vous dès maintenant perdu ?

 

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lettre au grand calife ( 4)

Grand calife, il parait qu’en votre Palais règne une certaine fébrilité. Les gazetiers rapportent des incompréhensions entre votre Vizir, vos conseillers et vous-même. Vous ne sauriez plus ou donner de la tête. Vous auriez perdu votre vision jupitérienne, votre confiance en vous, votre assurance pour prendre des décisions. Au fond, le pays ne serait plus gouverné. Comment en arrive-t-on là? Cette question doit occuper tous vos instants. Vous pensiez bien faire, demander au peuple un effort pour que l’avenir soit plus rose, ou moins noir, quoi de plus normal, quoi de plus habituel?

Grand calife, écoutez ce peuple à qui vous demandez des efforts, sortez encore une fois de votre palais. Glissez-vous au milieu de ce peuple sans que nul ne vous reconnaisse, n’ayez pas peur, bien déguisé, on ne vous remarquera pas! De quoi parlent-ils dans la rue, à Prémery, dans les milliers de Prémery du Pays? Vous vous êtes attablé au comptoir, vous y prenez goût, même au petit Pastis, à peine teinté d’eau, qui vous enivre un peu. Aujourd’hui, le café gronde des retours des ronds-points, des hommes et des femmes énervés, certains d’une belle expérience de rencontres, d’autres d’un sentiment de s’être fait rouler: « A Paris, regarde-les avec leurs chauffeurs, leurs salaires mirobolants, tous ces types censés nous représenter! Ils se sont encore augmentés. A la télévision, ils disaient qu’au Sénat ou l’Assemblée le moindre des huissiers gagnent plus de 4 000 euros par mois, ont deux mois de vacances, des retraites du même tonneau. »

Là, le discours s’enflamma, tous se mirent à parler en même temps, des privilèges, de vous, de la classe des politiques et de ceux autour de vous qui s’en mettent pleins les poches, assurés de tout, de l’emploi, de l’argent, de la retraite  » il n’a rien dit, le calife, sur çà. Il n’a pas parlé de sacrifices de tous ceux-là, rien au contraire, des augmentations, des représentants du peuple? des sangsues ». Oui vous entendiez le grondement. Oui vous n’aviez pas fait un geste pour eux, un geste qui coûte à la classe des nouveaux aristocrates, ceux qui sont à l’arrière des voitures pour qui la route est ouverte par motards et sirènes, ceux des gens qui décident de tout et ne se privent de rien, qui dépensent au restaurant tous les jours presque un mois de salaire du moindre des abandonnés.

« Une révolution de Palais, pour éviter une révolution! montrer l’exemple, perdre un peu pour ne pas tout perdre » vous ruminiez votre échec, celui de ne pas avoir été à la tête de votre peuple, de ne pas vous être comporté en chef de ce peuple. « Il faut faire une nuit de l’abolition des privilèges. Ce n’est pas trop tard », expliquiez-vous à votre Vizir incrédule.

 

 

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lettre au Grand calife (3)

Grand calife, vous avez donc parlé à tous vos sujets. Je dois dire que vous ne m’avez pas convaincu. Vous n’étiez pas avec eux.  Vous ne vous adressiez pas à ceux qui occupent les ronds-points  Vous n’avez pas encore osé y aller, et c’est bien dommage. Puis-je vous suggérer une fois de plus de quitter nuitamment le Palais, d’oublier vos conseillers, le grand Vizir, et de « pousser » par vos propres moyens jusqu’à un de ces campements quelque part à une centaine de kilomètres de Paris. Je dis à cent kilomètres, parce que c’est la distance qu’il faut mettre entre Paris et un rond-point pour y rencontrer un autre Pays. Celui qui s’anime autour de grands feux, de barbecues, de cabanons de fortune.

Grand calife, les hommes et les femmes qui sont là dépassent tout ce que vous pouvez imaginer. A ces ronds-points, ils vivent! Ils retrouvent cette vie perdue que vous avez pu sentir à Prémery. Chaque rond-point est devenu ce que le village n’a plus : une communauté retrouvée. Vous n’avez pas parlé à ces milliers de communautés. Vous avez peur d’eux puisque vous ne les connaissez pas. Regardez la solennité de votre bureau, de l’or partout, l’or, l’argent, symboles si déplacés à cet instant. Et eux, sans or et sans argent, avec un bonheur retrouvé. Vous n’aviez pas la langue, vous étiez le géomètre des chiffres, des aides, des promesses, au lieu d’être le saltimbanque de la vie. Vous étiez le porte-parole des géomètres!

Peut-être quitteront-ils ces ronds-points, mais c’est sûr qu’ils reviendront. Dès qu’ils pourront, dès qu’il faudra, parce que vous n’aurez pas changé, pas compris, parce que vos géomètres rappelleront la raison, le rationnel, les chiffres impitoyables.  Et qu’ils veulent autre chose.

 

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lettre au Grand calife (2)

Cher Grand calife, voici quelques jours que vous êtes revenu de votre expédition à Prémery. Aucun écho de celle-ci dans la Ville. Il ne faut pas que cela se sache. Je sais que vous rongez votre frein. Vos conseiller, surtout le chef du Palais, habillé de gris, gris lui-même, vous mène la vie dure. Il vous abreuve de paroles, de dossiers, de conseils comme toujours. Son langage, qui était le vôtre jusqu’à Prémery, vous gêne jusqu’à l’écœurement. mais de quoi parle-t-il ? Oui, vous ne vous comprenez plus, mais il ne le sait pas. Vous vous sentez encerclé, par vos conseillers, peut-être plus que par les français des ronds-point. Un nouveau terme a surgi: les oubliés. 

C’est un de ceux-la qui se le donnait ce matin, en face du Palais. Vos conseillers vous avaient conseillé de ne pas le recevoir. Sur l’écran, l’homme vous avez paru raisonnable, clair, enfin clair. Il parlait de leurs vies, les oubliés, les mots lui allaient droit au cœur.  Nous sommes pacifiques, nous voulons plus de justice, de dignité. Grand calife, vous sentiez la peur vous gagner, vous qui aviez tout réussi jusqu’alors. Les pacifiques étaient débordés par la colère des autres. Leurs violences entouraient le Palais.

S’échapper, sortir, rencontrer ces hommes et ces femmes! Silhouette furtive, vous sortiez par la porte dérobée. Déguisé, personne ne pouvait vous reconnaître. Vous longiez les boutiques de luxe, les vitrines pleines d’or et d’étoffes, les cuirs sans prix de la plus belle et la plus chère. La Belle Marque réservée aux plus riches, aux gens de goût encore. Vous même l’aimiez beaucoup. Vous marchiez maintenant avec étonnement parmi les odeurs de la richesse. Vous connaissiez ces parfums, ces silhouettes qui descendent sans rien regarder autour d’elles pour s’engouffrer dans les magasins,  saluées très respectueusement par les vigiles. La richesse, le luxe, la morgue, une forme d’obséquiosité, tout va ensemble, trop ensemble. Absence de regard sur l’autre. Du grand vers le petit, du petit vers le grand. Pour la première fois, vous sentiez cela.

Vous continuiez, sortez de ce quartier du Palais, abordiez des lieux plus mélangés, mélange de vies ; des gens vous heurtent sans s’excuser, vous êtes anonyme; là tout le monde est anonyme. Des rues de bureaux, de commerces; devant vous une femme entre vivement dans un magasin d’une chaîne d’alimentation. Faire ses courses, il y a si longtemps que cela ne vous est pas arrivé ! vous n’avez rien à acheter, dommage ! Cela vous manque. Devant vous la femme-cliente, aperçue tout à l’heure, s’adresse à la caissière : c’est nouveau, les 4 caisses automatiques! la caissière la regarde. vous entendez sa réponse, un son sourd : elles me font peur,  elle répète encore : j’ai peur. La cliente, veut la rassurer : je continuerai à venir à votre caisse, à parler avec vous. Il n’y a plus d’anonymat, que de l’amitié. Vous aimez cela.

Vous avez tout compris, grand calife: les caisses automatiques sont en train de remplacer les caissières, partout les robots remplacent les humains.

Mais avant les hyper et supermarchés, et les caissières qui vont avec, celle qui est là devant vous, il y avait les petits commerces de centre-ville. Grand calife, décidément rien n’est simple! Je n’aimerais pas être à vôtre place.

 

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lettre au grand calife (1)

Grand Calife, je vous imagine bien seul dans votre Palais, bien seul, bien qu’entouré de vos conseillers, ministres, gardes, chefs de la police et des renseignements. A chaque instant, ils vous rapportent ce qui se passe au dehors, dans tout le pays. Les barrages aux carrefours, les cris, les colères, les blessées, les morts. A vos questions, ils répondent encore par des bons conseils qui, exécutés, n’apaisent pas la colère du Pays.

Puis-je vous conseiller ( moi aussi) de vous souvenir de l’histoire d’un de vos illustres prédécesseurs, le calife Haroun Alraschid, vous savez puisque vous êtes cultivé son histoire racontée dans les Mille et une nuits : il sortait déguisé la nuit par une porte dérobée de son palais de Bagdad. Cela lui permettait de savoir comment le peuple de la ville vivait, ce qu’on pensait de lui encore.

Grand calife, pourquoi ne pas faire comme Haroun Alraschid? Déguisez-vous et allez à la découverte du Pays. Une idée, allez à Prémery,  une petite localité du centre de la France, dans le département de la Nièvre, à deux cent trente kilomètres de Paris. Prémery, à peine deux mille habitants. Remontez la rue principale, entrez dans le premier café venu, regardez les cartes postales au-dessus du comptoir. Elles ont à peine 40 ans, c’est jour de marché, la rue est peuplée de monde, les commerces partout, portes ouvertes, se remplissent de clients, on achète, on vend, on rit, on boit. Le champ de foire, immense, résonne des meuglements des animaux blancs. Prémery, chef-lieu de canton, rassemble ce jour-là toute la vie des environs, la richesse des prés et des champs, des grandes fermes d’élevage de ces charolais renommés pour leur viande où jusqu’à 10 personnes vivent, travaillent, se retrouvent. « La terre ne ment pas » dit cet étrange proverbe, un peu menteur. La terre est dure. Travailler la terre est dur. Pas d’heures, on le sait, subir le rythme de la nature, les besoins des animaux. Ce temps-là n’était pas facile.

Le Progrès a promis aux habitants de Prémery que les temps ne seraient plus durs, que tout serait plus facile: Il suffisait d’y croire. Plus d’abondance encore avec moins d’efforts. Grand Calife, vous regardez autour de vous, le café, silencieux, ou deux hommes âgés, solitaires, finissent indéfiniment leur verre; dehors la rue principale presque vide, les vitrines vides des commerces fermés, si vivants sur les photos ; aujourd’hui avec partout un panneau sale « A vendre ». A Prémery, l’autre richesse du pays, le bois, débardé de ces collines boisées au-dessus des pâtures, alimentait une usine de produits chimiques, et donnait du travail à plusieurs milliers d’hommes et de femmes.  Une industrie polluante, qui ne pollue plus. La concurrence étrangère, la main d’oeuvre d’ici trop chère, le désastre écologique l’ont réduite à rien. La sirène d’embauche et de débauche des 3 huit n’appelle plus, à l’instar des cloches de l’église, à donner un sens à la vie.

Grand Calife, vous y êtes enfin. Vous pensez tout bas:  » c’est mort, complètement dévasté, on dirait qu’une guerre est passée par là » . Oui, une guerre est passée par là, sans bombes, sans violences apparentes ; une guerre contre les hommes. Grand Calife, vos conseillers, vos ministres ont la solution. A chaque fois que le Progrès améliore le travail, celui-ci disparaît. A chaque fois que ce travail disparaît, le Progrès donne une assistance, oh, pas grand chose, mais de quoi vivre chichement ; ne pas tout à fait mourir de faim et de soif. L’alcool d’ailleurs est important ici, il aide à survivre.  Votre principal conseiller vous a proposé hier de donner un peu plus pour éteindre l’incendie, ces émeutes des abandonnés – ils s’appellent eux-mêmes comme cela ces porteurs de gilets jaunes- Une idée tout à coup vous vient : mais c’est de travail, de dignité dont ils ont besoin, ces hommes et ces femmes au dos courbés de fatigue, de la fatigue du non-travail, de ne rien faire ou presque…

Vous prenez votre portable, vous appelez votre ministre principal qui s’affole : Grand Calife, tout le monde vous cherche, ou êtes-vous? Cher ministre, vous ne connaissez pas, vous n’avez pas idée de ce que je découvre. Il faut tout de suite aider Prémery. Vous décrivez le village désespéré, les gens, la non vie. Et là vous entendez la réponse offusquée : vous perdez votre temps, Grand Calife. Ces gens là ne rapportent rien. Ils ne sont plus le Progrès. 

 

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Les larmes de Johnny

Cette semaine, l’événement est chez Carnets nord avec la sortie du livre « Les larmes de Johnny » de Mathieu Alterman et Patrick Alban. Les deux auteurs qui ont connu le chanteur, l’un, Patrick Alban, depuis plus de 40 ans, l’autre, Mathieu Alterman, l’a suivi ces dix dernières années, et commente sur les chaînes de télévision et les radios l’actualité sombre de la succession Hallyday.

Raconter la vie de Johnny Hallyday, c’est remonter à son enfance, à son désir de vivre, à son insatisfaction profonde, c’est aborder la complexité du chanteur mort il n’y a pas tout à fait un an. Il y a beaucoup d’amitiés dans ce récit. De la tendresse et aussi un point de vue qui ne laisse pas passer les faiblesses de l’homme. Trop amoureux, incapable d’aimer vraiment ? Johnny Hallyday, le séducteur, comme pour conjurer le sort de ne pas l’avoir été par ses parents. La thèse est simple, la vie de Johnny ne l’est pas.

En décembre dernier, j’avais écrit un blog le lendemain des obsèques de La Madeleine.

Surpris comme beaucoup par l’ampleur de l’hommage et par la peine de la foule qui se pressait sur les Champs-Elysées et rue Royale…mais plus encore par ce qui semblait alors dépasser l’hommage et la peine : au Jour des larmes de Johnny s’ajoute maintenant celles d’une vie.

Un silence étonnant

Cela s’est passé ce samedi 9 décembre alors qu’un corbillard abordait l’entrée de la rue Royale, il devait être près de 13 heures.  Je changeais de chaîne parce que sur celle sur laquelle je regardais la cérémonie, les journalistes  ne cessaient de dire  « quel silence, c’est incroyable », et évidement on ne pouvait l’entendre, ce silence.  Oui, près d’un million de personnes ne chantaient plus, ne dansaient plus. Un respect « religieux » s’était emparé de la foule, un respect qui durera tout au long des heures qui suivront. Lenteur des gestes, des rituels. Même les 4 guitaristes à l’intérieur de l’église de La Madeleine auront une forme ritualisée des morceaux qu’ils déclineront au fur et à mesure que Carole Bouquet, au moment de la Prière universelle, terminera chaque prière par Prions et qu’ils s’empareront de la résonance qui fera envoler la prière.

Je n’étais pas un fan de Johnny Hallyday. Je préférais le blues, Jacques Brel et bien d’autres, et ce matin j’étais saisi par la ferveur de l’air, par le silence entre les mots, par le silence dans les mots. En accueillant le corps, le Père Benoit de Sinety faisait émerger une nouvelle voix au chanteur, celle de l’esprit, en accueillant l’ami, les écrivains Phillipe Labro et Daniel Rondeau imposaient une nouvelle image, celle de l’esprit. Tous ceux qui suivront feront entendre une autre voix : la France des profondeurs surgissait à chaque instant, s’imposait aux célébrités qui n’en étaient plus, tous anonymes devant le mort qui ne l’était plus. Ceux de dehors étaient avec ceux de dedans, l’immense photo de Johnny surplombait le ciel, une seule croix au cou venait rejoindre celle de Laetitia Hallyday, c’était la même, la sienne, la leur.

Un autre mot, une autre image résonnaient en moi, celui d’une beauté improbable, une beauté d’un moment ou nous étions tous touchés par la grâce, la grâce de la vie de l’homme fils de personne,  plus jamais seul, parce qu’il croyait dans la vie, même aux pires instants de cette vie, parce qu’il parlait de la vie au-delà de la mort. Cette beauté que trop souvent nous refusons, qui trop souvent nous est refusée, et qui ce matin était là, simplement là. Merci Johnny, pour cela.

 

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Un avant, un après le 23 mars 2018

L e visage d’Arnaud Beltrame restait inscrit sur une partie de l’écran. Les tambours roulaient, les drapeaux s’inclinaient, la pluie s’arrêtait de pleurer toutes les larmes du ciel. L’atmosphère n’était pas sombre. Le regard du gendarme y était pour quelque chose. La gravité de l’atmosphère était éclairée par ce regard, direct, allant vers quelque chose que lui seul voyait.

Ainsi pouvait-on interpréter cette cérémonie des Invalides. Celle d’une annonce que le discours d’un président renforçait. J’étais aussi frappé par la solitude et la rencontre. Solitude de l’homme traversant la cour, cette frêle silhouette avançant sur les pavés luisants, ce regard si déterminé, avançant vers ce cercueil, du symbole immense qu’était devenu l’homme sous le drapeau tricolore. Le mort revivait par son acte. Marchant vers lui, le petit homme, tête nue, manteau couvert d’humidité, semblait aspiré. Aspiré par ce qu’il voyait de sa mission, peut-être celle que lui confiait, à cet instant, l’homme à la rencontre de qui il allait.

Les rituels de la république devenaient ceux de la France, de la Nation, de la Patrie. La Patrie en danger, Aux armes citoyens, Jeanne d’Arc, De Gaulle, l’Histoire était invoquée pour affronter le danger.

C’était donc la mort d’un homme, l’autre homme seul, qui faisait lever l’espérance. L’espoir changeait de camp. La fuite, se cacher devant le danger, n’était plus la solution. Affronter le danger, affronter la mort créaient la vie. Arnaud Beltrame léguait cet héritage à tous les français.

Je venais de lire Le Cœur bon, de Michel Bernard, émouvant portrait de Jeanne d’Arc. Je pensais à ce qui avait porté cette femme, à ce que à son tour Arnaud Beltrame portait pour nous. Je pensais qu’il y avait bien un avant et un après le 23 mars 218. 

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Le sens de la fête

Le film d’Eric Toledano et Olivier Nakache est un des favoris des Césars de ce soir. Jean-Pierre Bacri  interprète avec talent un  traiteur, Max, organisateur de mariage, survolté et surmené.  » On s’adapte » est sa phrase favorite face aux mille et un problèmes rencontrés. La fête quoiqu’il arrive doit être réussie. Ici forcément, cinéma oblige, la fête ne cesse de frôler le drame, sans y tomber. Le principe même de la comédie réussie; elle aussi comme la fête.

A quelques pas des Editions Montparnasse, Reza est un autre « Max ». Lui aussi survolté, surmené. Je ne l’entends pas dire « on s’adapte », mais je le vois le faire à chaque fois que j’y vais. Son restaurant s’ouvre au client comme s’il était attendu depuis toujours, comme si tout problème – pas de table libre par exemple- avait une solution. Il y aura une place pour vous. Reza n’est pas méditerranéen, il est iranien, il a fuit l’Iran de Khomeiny, jeune homme, il y a plus de trente ans, il s’est « adapté », il aime ses clients, il aime la fête, met de la musique  – pas NRJ en boucle- Johnny en ce moment est un de ces tubes.

Il organise le soir des concerts, avec des groupes de clients abonnés du quartier, des musiciens qu’il repère et qui deviennent à leur tour ses amis. Les yeux de Reza brillent lorsqu’il me parle de la soirée d’hier ou de celle de demain. Le Sens de la fête est un mode de pensée et de vie. Un talent aussi. Je ne connais pas les soirées de Reza, je suis un client du déjeuner, qui quitte le quartier en fin de journée, avec le regret parfois de ne pas être de ces fêtes ou l’amitié de Reza règne, c’est sûr!

Il y a quelques jours, Reza accueillait un studio de radio improvisé. En direct à la radio, autour de ce studio 7 femmes, dont quatre comédiennes qui interprétaient des morceaux d’une pièce qu’elles jouent au théâtre en ce moment. Les 3 autres étaient les animatrices d’une association de lutte contre les violences faites aux femmes.  C’était très sérieux, et je vous assure, les 4 hommes présent se faisaient très petits. Moi, le premier, les arguments, le ton n’étaient pas à la franche rigolade. Je ne vais pas les redire ici, nous les connaissons tous aujourd’hui, le nombre effarant de femmes battues, violées… l’attention était forte. Reza voyait que là les hommes n’étaient pas à la fête, les femmes non plus d’ailleurs. Comment sortir du drame et en garder l’essentiel, c’est le débat proposé en fin de parcours pas mes animatrices qui l’a permis. Le public des clients fut invité à participer, les hommes timidement remercièrent les femmes, exprimèrent leur colère contre eux-mêmes, saluèrent les voix qui s’indignaient, des solutions furent évoquées.

Ce qui me frappa alors, ce fut, tout à coup, l’amitié des femmes pour les hommes présents, leur justesse de ton, et même le souhait qu’il n’y ait pas de « guerre » des sexes.  Elles étaient jeunes, disaient des mots de réconciliation, nous n’étions plus simplement des « agresseurs », mais aussi des êtres humains, comme elles. La conclusion, ce jour là, vient d’une des jeunes femmes du public : il ne faut pas confondre homme et agresseur, j’aime les hommes, tous les hommes ne sont pas des agresseurs,  dit-elle en souriant! Reza y était sûrement pour quelque chose.

 

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