l’enfer, c’est les autres

Dans l’actualité, rarement heureuse, sauf dans les magazines spécialisés, l’enfer, ce serait les « autres ». Toujours victime, jamais responsable. C’est à cette irresponsabilité que s’attaque, dans un entretien donné à Libération, l’écrivain algérien Kamel Daoud. Kamel Daoud se reconnait-il plus dans Camus que dans Sartre? Il rejette l’idée de « crime contre l’humanité » brandit par un candidat à la présidentielle à propos de la colonisation. Pour lui ce n’est plus le sujet. Les algériens sont responsables de leurs vies, de leurs choix, pas le Passé.

L’enfer justement, il a fait couler beaucoup d’encre. Il reste d’actualité :L’Enfer est pavé de bonnes intentions! Cette maxime d’origine chrétienne entend se méfier des gens qui en voulant faire le bien engendre le mal. Le pire même. Les totalitarismes du XX° siècle avaient pour la plupart l’intention de créer un monde meilleur. Le quotidien Le Monde consacre deux pages à analyser ces mouvements. C’est si convaincant que j’en arrive à devenir prudent devant ceux qui me disent qu’ils font cela pour mon bien.

Nos éditions DVD et Livres sont riches de textes, d’images, de créativité. A vous signaler décidément le coffret de 10 DVD ( 20 films) consacré à 20 grands films. Jules et Jim, Le Mépris, entre autres, quel délice d’intelligence! Produits par Marie Génin et Serge July, réalisés par des amoureux du cinéma comme Antoine de Gaudemar ou Anne Andreu. A voir absolument pour retrouver un « beau » cinéma. Du coté livres, la parution de trois romans, Marguerite de Jacky Durand, un portrait de femme pendant la 2° guerre mondiale, Je ne m’appelle pas Paul Velasquez de Philippe Romon, qui répond à la question , un homme c’est quoi? Et Greenland d’Heinritch Steinfest, un meilleur des mondes vert inquiétant ou l’on se perd.

Bonne semaine.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

la passion de l’histoire

Je me souviens de Marc Bloch, de L’étrange défaite, de la lumière fulgurante donnée par la pensée de Marc Bloch devant « notre » histoire en marche. Je me souviens d’Hannah Arendt, de son regard sur l’homme de l’autre coté du tribunal dans sa cage de verre pour le « protéger » lui le bourreau, de toute menace. Hannah Arendt face à Eichman à Jérusalem, et là encore une pensée lumineuse que l’on ne peut oublier, La banalité du mal. Je me souviens encore de Frédéric Rossif commentant un jour, pour moi, son époque avec emportement et gravité. De Nuremberg à Nuremberg ou Mourir à Madrid sont les résultats de cet emportement. De très belles vérités et de très grands oublis. De quoi pourrais-je encore me souvenir pour parler de l’Histoire du monde? Des peintures de Lascaux, à la marquise de la Solana de Goya au Louvre qui, elle, me parle tant, aux innombrables et si percutantes œuvres du musées qui disent tant sur la beauté et la violence du monde.

Quel roi aurais-tu aimé être? Question pour l’amusement posée un soir, entre amis. A leur étonnement je choisis Louis XI plutôt que Louis XIV. Louis XI, petit roi de France sans pouvoir face au flamboyant duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, bien plus puissant que lui. Louis XI qui va l’emporter, avec son conseiller Olivier le Daim, par la ruse – je me souviens, enfant, de la gravure dans mon livre d’Histoire de France, de ce pauvre et traitre cardinal de la Balue, enfermé dans une cage dans laquelle il ne pouvait pas se retourner, horrible !- Tout n’est pas excusé, mais tout est sublimé par la nature de la mission. Le roi ne ruse pas pour lui, mais pour la France. La France est ruinée, il ne dépense rien, il est pingre, mesquin même. Le petit roi pense la France. Au delà de lui. Après, on peut aimer ou ne pas aimer, cette France. Endosser l’image de Louis XI n’est quand même pas flatteur. La prochaine fois, si je rejoue au jeu des rois, je choisirais Paris vaut bien une messe et  La poule au pot chaque dimanchele bon roi Henri IV et son ministre Sully, du velours!

Des historiens « reconnus » viennent de publier une nouvelle version de l’Histoire de France. Cette histoire n’aime pas beaucoup celle dont je parlais. Elle entend s’appuyer sur une nouvelle approche, un vrai travail scientifique pour refonder notre histoire. Elle dit une nouvelle vérité. Mais pourquoi cette histoire serait-elle plus juste que la version précédente. La prétention même à l’être parce que « juste » enfin, annihile cette prétention. L’apriori guide la recherche, le tri, la mise en perspective. Poitiers n’est plus l’arrêt de l’invasion sarrasine, Jeanne d’Arc est un mythe sublimé et récupéré par des opportunistes, Les Mille et nuits fondent mieux la France que la Chanson de Roland. Entre autres. Pourquoi pas ? Salutaire titre l’éditorialiste d’un quotidien qui enfin a ce qu’il veut. Une histoire a sa pointure.

Chaque époque refait ses mythes selon son penchant idéologique. Dans cette refondation, de l’histoire de France, la conquête et la colonisation de la Gaule par les romains et les germains est un apport formidable – oubli des morts, des viols, etc..- mais la colonisation, la conquête de l’Afrique par les français, ne méritent pas de louanges. Je crois que Marc Bloch, Hannah Arendt avaient pour eux la « vérité » de leur pensée. Ils puisaient cette pensée dans les racines de leur intuition et de leur instinct, ils étaient au-dessus, bien au-dessus d’une mêlée réductrice, ils étaient une idée, pas une idéologie. Ils comprenaient quelque chose de rare, sortis du cœur et de l’esprit. Je vais les relire cette année.

Publié dans Non classé | Commentaires fermés sur la passion de l’histoire

l’espérance de Noël

Aimez-vous Noël ? Les réponses à cette question sont diverses, très diverses. Si diverses et contradictoires que je vais en prendre une, si subjective qu’elle n’en représente qu’une, elle même :  » Depuis que je la prends aussi comme la fête de la lumière, oui. Je reconnais son origine chrétienne, ses valeurs d’amour et de fraternité, la naissance de Jésus-Christ, mais c’est tellement détourné par l’Histoire et l’époque. Qui identifie vraiment ce moment à autre chose qu’une fête de la consommation? »

Fête de la lumière, celle qui commence le 13 décembre, jour de la Sainte Lucie, ou sur les fenêtres certains mettent des petites bougies qui brûleront toute la nuit, mais qui annoncent une période courant jusqu’au 6 janvier, jour de l’épiphanie. Fête de la lumière pour célébrer – ou conjurer- les jours les plus courts de l’année, les nuits les plus sombres et les plus longues de l’année. Sous nos cieux, qui ne sont pas ceux de Galilée, ceux de la naissance du Christ, on ajoute dans la crèche des santons provençaux, mais on n’oublie pas les rois mages qui sont encore loin de l’arrivée. Des rituels pour ceux qui les aiment, alors que le Monde en guerre est notre décor quotidien.

Aimez-vous Noël? Non, je n’aime pas la fête de la consommation, mais celle du présent plein de promesses. Mais je ferai comme tout le monde, j’offrirai mon cadeau en espérant qu’il fasse plaisir. Rite toujours dont il faudrait mesurer le sens. Rejoignons les rois mages à l’origine de mes cadeaux. Il vienne s’incliner devant l’enfant-roi, lui apportent les présents de naissance. Melchior qui symboliserait l’Europe, Gaspard, l’Asie et Balthazar, l’Afrique, lui apportent l’or, la myrrhe et l’encens. Guidés par l’étoile du berger, ils arriveront à Bethléem le 6 janvier. Tiens le jour de l’épiphanie, le jour de la galette des rois… rite toujours!

La fête de la lumière vient de plus loin que la célébration chrétienne. Elle rejoint d’autres rites druidiques, chamaniques, païens, qui tous voulaient à la fois conjurer et célébrer la nuit, et le jour. La lumière existentielle, essentielle, chantée, pensée, admirée. Siècle des lumières, pensée lumineuse, Eurêka, que la lumière fût…Les Incas adoraient le soleil, et offraient au feu de cette adoration les vierges propres à adoucir l’ardeur des dieux. Aimez-vous Noël? Vu sous cet aspect mystérieux de la terre qui tourne sur elle-même et autour du soleil, sous ce mystère renouvelé de l’interrogation cosmique, et de nos aspirations à l’essentiel, oui ! Ces questions nourriront aussi nos conversations de Noël.

 

 

Publié dans Non classé | Commentaires fermés sur l’espérance de Noël

Compartiments secrets

Un ancien Président de la république « fait » la rentrée littéraire. Les lettres de François Mitterrand à Anne Pingeot, que celle-ci publie aujourd’hui, révèlent un amoureux romantique à l’excès. Lettres au jour le jour racontant d’une écriture très sentimentale, des faits quotidiens, le plus souvent leurs têtes à têtes, accompagnés de collages, tickets de cinéma ou d’expositions. Voilà un homme de 30 ans plus âgé qui ne cache pas ses sentiments. A elle! Mais, à part quelques proches dans la confidence, la famille d’Anne Pingeot, d’une part, et des amis fidèles comme François de Grossouvre, d’autre part, TOUS ignorent la liaison du Président.

Un autre livre, tout aussi passionnant, Croire aux forces de l’esprit, de Marie de Hennezel , raconte douze ans d’une autre relation secrète. Liaison spirituelle puisque pendant douze ans, la célèbre psychologue, encore inconnue, rencontre une à deux fois par semaine, à l’Elysée le plus souvent, le Président de la république pour parler de la vie et de la mort. Déjeuners intimes, en tête à tête encore, d’un homme malade, condamné, qui cache là aussi sa maladie. Là encore secret total ou presque.

Ce Président si secret, si intime, si tortueux, ne manipule-t-il pas tous ses proches. Anne Pingeot, son amour fou, ne lui fait pas perdre l’essentiel, son ambition! De même pour Marie de Hennezel, le rapport est-il très ambigu. Il semble mener le jeu, mais est incroyablement dépendant d’elle quand il se sent entre la vie et la mort. Puis prend ses distances quand la « rémission » de la maladie semble le ramener du coté des vivants. En 1993, la maladie revient, et ce sont des pages étonnantes. François Mitterrand va chez Marie de H. près d’Uzès, dans le Gard, effleurer une pierre, un menhir, continuité d’un trajet celtique partant des côtes irlandaises, traversant la géographie et l’Histoire jusqu’à ce geste présidentiel: sentir, ressentir les forces spirituelles qu’elle contiendrait, et qu’elle lui transmettrait.

Compartiments secrets à l’infini, qui s’ouvrent aussi sur une personnalité d’une force de dissimulation inouïe. Il n’abandonnait rien, cachait tout. Que sait-on réellement de cet homme? C’était un roi, me dit-on, à l’instar de Louis XI! Mais le roi était habité par l’idée que la France était au-dessus de tout, mission divine. François Mitterrand aime la France, mais n’est-il pas d’abord lui-même son premier objet d’amour? Messieurs et mesdames les psy, à vos analyses !

 

 

 

Publié dans Non classé | Commentaires fermés sur Compartiments secrets

Jean Gaumy, roi de la boucane

Allons, après Mario Ruspoli, prince des baleines, Jean Gaumy pouvait postuler à ce couronnement. Il pourrait être « amiral des sous-marins », allusion à ce passionnant document des jours passés dans un sous-marin nucléaire, mais celui-ci n’est pas encore édité. Attendons. Attendre, c’est la valeur de ce vin qui gagne en vieillissant, et c’est ce qui se passe pour les films de Jean Gaumy. La Boucane, ce regard posé sur les sardinières, les « boucanières » d’une conserverie. Moments des années 80. Moments qui vont disparaître. Jacques Mandelbaum, dans le Monde, souligne ses qualités du temps qui enrichit au contraire de tant et tant de films, écrits, paroles, que le temps rend obsolète: Aujourd’hui que la boucane a fermé ses portes, qu’Octeville a fusionné avec Cherbourg en 2000 et que le Père Marcel est mort, les films de Jean Gaumy se révèlent comme un précieux morceau d’anthologie.

Et moi je suis frappé par la parole des femmes de la conserverie. Il fait froid, le travail d’effilage des poissons est dur, les mains plongées dans l’humidité, les poissons défilent, et il faut y aller. Les langues se jettent des phrases, en riant, en jouant, en se moquant. La vie est là, vraie, prise comme elle est. Frappé encore par des règles d’hygiène, de sécurité qui a contrario de celles d’aujourd’hui ne brident pas les gestes ni la parole. Il y aune sorte de crudité, peut-être proche de la cruauté, qui rapproche les femmes. Elles connaissent la dureté du travail, mais l’humanise par leurs gestes, leurs regards. Elles se moquent de l’homme qui les dirigent, mais l’intègrent à leurs jeux. Elles sont là, il est là. Dans le même bateau.

30 ans nous séparent de ce film. Un siècle. Après Mario Ruspoli, voici un autre regard qui réchauffe.

Publié dans Non classé | Commentaires fermés sur Jean Gaumy, roi de la boucane

Demain l’homme sera un robot,

Les chercheurs du monde entier s’y emploient : robotiser tout ce qui est possible, y compris l’homme, pas simplement ses tâches mais son organisme, son cerveau, sa peau, ses cellules, et même la vie éternelle. En attendant ses beaux jours promis pour nous disent commanditaires et scientifiques, l’actualité suffit: Uber et les constructeurs automobiles avancent à pas de géant pour arriver à la voiture sans chauffeur. Oui, sans chauffeur vous entendez bien, les malappris d’Uber, pas les chauffeurs, le patron, les actionnaires qui se sont servis de l’emploi offert à tant de gens divers dans leur guerre contre les taxis, voilà qu’ils veulent supprimer les chauffeurs et donc les dizaines, les centaines de milliers d’emplois, alibis de départ.

Cela me rappelle les hypermarchés, qui fin 90 début 2000 pour obtenir des ouvertures de nouvelles grandes surfaces, promettait la création d’emplois de caissières. Ils l’ont fait, et maintenant installent des robots. On n’arrête pas le progrès, n’est-ce pas!

Le risque pour Uber est que les chauffeurs s’aperçoivent de l’avenir radieux qu’Uber organise, et qu’ils arrêtent tous de travailler. Ils perdront leur revenu quotidien et Uber les millions de dollars qui chaque jour rentrent dans ses caisses, mais qui est le plus fragile à ce jeu? L’individu ou l’énorme machine à cash tout à coup stoppée avec ses actionnaires, ses banques, inquiets de voir le système déstabilisé? Science et argent, les deux monstres sans conscience. L’avidité de l’un égale l’orgueil de l’autre. Les mythes sont là, bien vivants, toujours vivants. Babel, le Veau d’or…

rajout: oui, il me semble évident que le principal atout d’Uber est la « civilité » introduite » par les chauffeurs d’Uber, et qui a d’ailleurs eu un effet sur les comportements des taxis: courtoisie, tenue (correcte exigée) etc… je veux bien croire que le robot sera propre et fonctionnel, mais nous aurons perdu la chaleur humaine et il n’ira pas jusqu’à sortir de son siège pour mettre la valise dans le coffre et ouvrir la portière du passager, il manquera le sourire, l’humain…

Publié dans Non classé | Commentaires fermés sur Demain l’homme sera un robot,

Mario Ruspoli, prince des baleines

« Il n’y a pas de frontière entre la raison et la folie, » j’aime beaucoup cette phrase d’Edgar Morin à propos de Mario Ruspoli. Mais à propos connaissez-vous Mario Ruspoli? Peut-être en avez-vous entendu parler. C’est avec Jean Rouch, Chris Marker et quelques autres, un des apôtres du cinéma-vérité. Nous sommes dans les années cinquante et des cinéastes veulent rencontrer le monde du réel, en direct. Grâce à ce coffret de ses films, vous allez découvrir à la fois un cinéaste plein d’attentions et d’audace, et un personnage qui aimait « la frontière entre la raison et la folie« . C’est sa frontière aussi qu’il allait chercher comme cinéaste.

Place à Mario Ruspoli, prince des baleines et autres raretés, et authentique prince italien visionnaire : Pendant des siècles, les hommes et les baleines ont appartenu à deux camps ennemis qui s’affrontaient sur un terrain neutre, la nature. Aujourd’hui la nature n’est plus neutre, la frontière s’est déplacée. L’affrontement se fait entre ceux qui se défendent en défendant la nature, et ceux qui la détruisant, se détruisent. Ce commentaire sur des images d’hommes, les pêcheurs des cachalots aux Açores, qui eux, risquent encore leur vie. Images des visages, images du courage, de la mort, du dépeçage de l’immense corps abattu, voilà Les hommes de la baleine, tourné en 1956 autour de l’ile de Pico, aux Açores.

Le coffret contient ce film, et d’autres. Les Inconnus de la terre, tourné en Lozère en 1961. C’est étrange comme cela me semble près et loin. Loin parce que ces hommes ont disparu, emportés par la consommation et l’industrialisation, ici la terre est trop dure, il n’ y a rien à en faire. Près parce que ce qu’ils disent nous parlent bien plus aujourd’hui qu’alors. La violence de la nature, mais aussi le souci de l’homme de l’amadouer, de la comprendre. Cratère, causse, caverne, la Lozère, le plus réussi des pays désolés, admirable en carte postale comme tous les enfers refroidis. Une terre sèche…ici il faut lire entre les routes, il faut surtout écouter le fouet invisible, le fouet fantôme, qui use la Lozère à 140 kms/heure, le vent. Le vent, il courbe la croix, il n’a pas encore pu souffler les hommes...Les hommes de la terre travaillent dans ce qui nous apparait un dénuement total. Ces hommes parlent de leur liberté, de leur choix du travail, de pouvoir s’arrêter s’ils le veulent. Liberté des hommes qui travaillent dur sans autre maitre que la terre.

D’autres : Regard sur la folie, la Fête prisonnière, le Dernier verre, et un remarquable et émouvant portrait de ce cinéaste hors du commun disparu il y a peu d’années, portrait produit et réalisé par Florence Dauman. Un portrait indispensable, contenu dans le DVD 1 et à voir avant de visionner le DVD2. La prochaine fois, je vous parle de l’autre coffret que nous sortons d’un autre cinéaste-vérité, les films de Jean Gaumy.

Publié dans Non classé | Commentaires fermés sur Mario Ruspoli, prince des baleines

Retour à Paris

La capitale est encore à moitié endormie. Le grand retour est pour le weekend prochain. Les voies sur berges ravissent ceux qui sont là, touristes ou aoûtiens. Les berges entre le Quai d’Orsay et le Pont des Invalides, ouvertes récemment aux promeneurs, sont devenues des lieux de fêtes. A l’instar d’autres capitales européennes. C’est joyeux, bon enfant, on boit, on mange, on discute, on déambule. J’ai rendez-vous avec Patrice Franceschi sur son bateau, le trois-mats La Boudeuse, amarré près du pont Alexandre III. Il rentre du Kurdistan syrien le Rojava.
Il y a été bloqué pendant un mois, les turcs fermant la frontière du nord «  ils ne laissent passer que les djihadistes étrangers » nous dit-il. Il assisté à la chute de Manbidj: « les femmes, enfin libres, brulaient les niqabs imposés par les islamistes. » Je ne peux m’empêcher de penser aux centaines de millions de femmes qui, dans le monde, subissent la domination masculine, à qui le voile est imposé, et à l’ahurissant débat sur le sujet chez nous.

Rentrer un samedi permet au dimanche de souffler, de reprendre possession de la ville. A bicyclette. Un livre au hasard chez les bouquinistes des quais. Pour 3 euros, La Liberté ou la mort de Nikos Kazantzaki, auteur de Zorba le grec et du Christ recrucifié, chantre de la libération de la Grèce. Ici, nous sommes en 1889 en Crète. La Grèce a arraché par la force son indépendance en 1824. La Crète est toujours une possession turque. Les chrétiens et les juifs subissent depuis 400 ans le joug de l’occupant ottoman. Pour un des héros du livre, le capétan Michel, il vaut mieux la mort que se soumettre. Un roman plein de fureurs, d’amours, de caractères. Nikos Kazantzaki est autant un poète qu’un romancier. Passionnant et tragique.

La littérature est un formidable récit de nos histoires, de qui nous sommes. Claude Lévi-Strauss expliquait que le respect des autres cultures n’empêchait pas que l’on admire et respecte la sienne.

J’admire, sur les quais, la gaité des promeneurs. Leur liberté. Au Louvre, j’admire une peinture de Goya, La marquise de la Solana. Une position magnifique du modèle, une intimité retenue, un échange que j’imagine entre le peintre et la marquise. Elle n’est pas belle, elle est magnifique par le regard du peintre. Elle va mourir dans l’année, le sait, elle souffre. Ce tableau m’émeut. Le Louvre est un musée inouï, ou tout raconte l’humanité. Qu’est ce que l’art? Qu’est ce que la beauté? Qu’est ce que l’amour? Qu’est ce que l’art nous dit sur nous?  Nous pouvons nous poser la question -les questions- à chaque pas. A chaque regard. Je regarde La Solana, je vois Goya la regarder. C’était il y a près de trois siècles.

Publié dans Non classé | Commentaires fermés sur Retour à Paris

Quel pays !

les habitués de mon blog ne s’en étonneront pas. Chaque été, je parcours la France, et je m’émerveille. Les paysages, les villages, les architectures sacrées ou profanes marquent l’empreinte de l’histoire, des hommes, des siècles: quelle force admirable, quelle intelligence de l’instinct et de l’origine, quelle harmonie construite au fil du temps. Le temps et l’espace quadrillent ce « cher vieux pays » comme aimait l’appeler un des ses amoureux, Charles de Gaulle – au nom si prédestiné-

Mettait-il une majuscule à pays? probablement. Donc je répète : « ce cher vieux Pays« , ou la violence humaine, est visible à chaque pas, devant chaque château-fort, sur les berges des ponts et des rivières, et même devant les cathédrales fortifiées d’Albi ou de Rodez- il n’y a pas que les clochers pour alerter les paysans de la messe ou du danger, il y a aussi les pierres pour qu’ils s’y réfugient-

Voyager à l’intérieur, loin des plages et des foules, c’est encore rencontrer les « gens », ceux qui sont là pour vous recevoir, au camping ou à l’hôtel. La chaleur, souvent écrasante de ce mois d’août, rend encore plus sensible le sourire de l’accueil. Il en faut pour vaincre le désir de fermer les yeux! Envie de sourire, d’accueillir, je trouve tout cela dans les routes sinueuses de l’Aveyron, du Lot, de la Dordogne.

Il faut savoir se perdre, se tromper de chemin: Vue inouïe de la cathédrale de Rodez en arrivant de la route d’Albi, erreur de la copilote ou du pilote qui l’a mal entendue. Nous voilà réconciliés face à ce qui se dresse au loin. Mille ans pour affirmer la foi dans Dieu et les hommes. Que nous soyons croyants ou pas n’a guère d’importance à ce moment, il est bon d’éternité par sa beauté et son histoire. Va ainsi les envies, tous les trois pas, une pancarte indique : bastide de Sauveterre de Rouergue, prieuré du XII° siècle, Collégiale de Villefranche de Rouergue, Figeac, ville d’art et d’histoire. Passons une rivière, longeons les gorges du Lot, Saint Cirq La Popie, le village préféré des français, dit un dépliant, envahi comme le Mont-Saint Michel, et pourtant un autre instant quand sonne l’angélus de midi ce quinze août ou les évêques de France ont demandé aux cloches des églises de sonner pour le Père Hamel. Un chant, à l’intérieur de l’église perchée, résonne si fort pour le souvenir!

Sur la route, les petites routes, de cette France cultivée depuis deux millénaires, le mot culture prend tout son sens. Retrouvez à Figeac, les livres de la librairie Champollion, sur la place Carnot, face à la Halle. Les libraires, des anciens de Virgin Mégastore, Amélie Roques et Marc Fleuret, ont des envies, le montrent. Entrer dans une librairie, c’est aussi la rencontre avec un livre, un auteur, un libraire! Une étape inattendue, à Villefranche de Rouergue, à l’hôtel Les Fleurines, un jeune patron aux goûts affirmés, prendre son petit déjeuner devant la Chapelle des Pénitents noirs, sur des tables de ciments compacts et contre des murs végétale, un mélange de classique et d’audace sans ostentation. Romain Bouillard est aux petits soins pour ses clients. Le sens de l’hospitalité de l’Aveyron. Enfin à Gourdon, en montant au château, n’hésitez pas à pousser la porte d’un étrange lieu, ou vous accueille Jean-Jacques MU, un éditeur anarchiste qui vous offre un thé vert, et donne envie d’ouvrir la discussion. On n’est pas obligé d’être d’accord, mais une heure plus tard on est toujours là.

 

Publié dans Non classé | Commentaires fermés sur Quel pays !

le temps des vacances,

Le bio, le beau, le bon. Les 3″ b ». En vacances, c’est le moment ou jamais de profiter des 3 « b ».  Le 4 août, nos voisins de la ferme du Gros Chêne organisent une vente- rencontre des producteurs bio locaux. Pascal Cauchois, qui a créé ici, il y a plus de trente ans, un élevage de productions de foie gras bio, vient de passer la main. Mais il reste l’ami de tous, embrassant avec de grandes accolades les parisiens que nous sommes, malgré notre ancrage local. Une bonne centaine de personnes participent aux achats gourmands de légumes, tomates extraordinaires de goûts et de couleurs, bière artisanale brune, blonde, ambrée que chacun apprécie, brochettes et boudins des cochons de la ferme – une production du Gros Chêne exceptionnelle.

La conversation porte aussi sur la fièvre aviaire et ses conséquences désastreuses pour les producteurs locaux. Les contraintes sanitaires, l’arrêt de la production, mais aussi les normes maintenant imposées à tous, mettent en danger la filière artisanale. Ici, il se dit que le virus s’est développé dans un élevage industriel, là ou les animaux sont « concentrés » – ce qui n’étonnera personne- qu’en revanche obliger aussi les « petits » à mettre en place un dispositif coûteux est meurtrier pour des artisans, pourtant attentifs à la qualité et à l’hygiène. Étrange histoire, répétitive. Dommage pour les hommes et les femmes de cette terre, pour Sabine, Antony, Benoit, si attachés à leurs productions- il faut suivre Antony montrer ses 80 cochons « culs noirs », les truies, les portées, expliquer l’espace des animaux, on est si loin de la concentration industrielle! – Depuis des années nous voyons leurs combats pour le « bon », le « bio », le « beau ». Tout cela menacé par un système froid et trop cupide!

Ce qui est encourageant, c’est que malgré tout leur vision gagne du terrain. Ce sont les « consommateurs » qui maintenant demandent les 3 « b », et pas simplement les bobos du 10ème arrondissement de Paris ou des grandes métropoles régionales. A Thenon, à 5 kilomètres de là, village de 2 000 habitants,  à côté d’un Carrefour market ( rayons bio existant) , une boutique des producteurs locaux offre les 3″b ». On se régale, rien qu’en y entrant!

 

Publié dans Non classé | Commentaires fermés sur le temps des vacances,