Compartiments secrets

Un ancien Président de la république « fait » la rentrée littéraire. Les lettres de François Mitterrand à Anne Pingeot, que celle-ci publie aujourd’hui, révèlent un amoureux romantique à l’excès. Lettres au jour le jour racontant d’une écriture très sentimentale, des faits quotidiens, le plus souvent leurs têtes à têtes, accompagnés de collages, tickets de cinéma ou d’expositions. Voilà un homme de 30 ans plus âgé qui ne cache pas ses sentiments. A elle! Mais, à part quelques proches dans la confidence, la famille d’Anne Pingeot, d’une part, et des amis fidèles comme François de Grossouvre, d’autre part, TOUS ignorent la liaison du Président.

Un autre livre, tout aussi passionnant, Croire aux forces de l’esprit, de Marie de Hennezel , raconte douze ans d’une autre relation secrète. Liaison spirituelle puisque pendant douze ans, la célèbre psychologue, encore inconnue, rencontre une à deux fois par semaine, à l’Elysée le plus souvent, le Président de la république pour parler de la vie et de la mort. Déjeuners intimes, en tête à tête encore, d’un homme malade, condamné, qui cache là aussi sa maladie. Là encore secret total ou presque.

Ce Président si secret, si intime, si tortueux, ne manipule-t-il pas tous ses proches. Anne Pingeot, son amour fou, ne lui fait pas perdre l’essentiel, son ambition! De même pour Marie de Hennezel, le rapport est-il très ambigu. Il semble mener le jeu, mais est incroyablement dépendant d’elle quand il se sent entre la vie et la mort. Puis prend ses distances quand la « rémission » de la maladie semble le ramener du coté des vivants. En 1993, la maladie revient, et ce sont des pages étonnantes. François Mitterrand va chez Marie de H. près d’Uzès, dans le Gard, effleurer une pierre, un menhir, continuité d’un trajet celtique partant des côtes irlandaises, traversant la géographie et l’Histoire jusqu’à ce geste présidentiel: sentir, ressentir les forces spirituelles qu’elle contiendrait, et qu’elle lui transmettrait.

Compartiments secrets à l’infini, qui s’ouvrent aussi sur une personnalité d’une force de dissimulation inouïe. Il n’abandonnait rien, cachait tout. Que sait-on réellement de cet homme? C’était un roi, me dit-on, à l’instar de Louis XI! Mais le roi était habité par l’idée que la France était au-dessus de tout, mission divine. François Mitterrand aime la France, mais n’est-il pas d’abord lui-même son premier objet d’amour? Messieurs et mesdames les psy, à vos analyses !

 

 

 

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Jean Gaumy, roi de la boucane

Allons, après Mario Ruspoli, prince des baleines, Jean Gaumy pouvait postuler à ce couronnement. Il pourrait être « amiral des sous-marins », allusion à ce passionnant document des jours passés dans un sous-marin nucléaire, mais celui-ci n’est pas encore édité. Attendons. Attendre, c’est la valeur de ce vin qui gagne en vieillissant, et c’est ce qui se passe pour les films de Jean Gaumy. La Boucane, ce regard posé sur les sardinières, les « boucanières » d’une conserverie. Moments des années 80. Moments qui vont disparaître. Jacques Mandelbaum, dans le Monde, souligne ses qualités du temps qui enrichit au contraire de tant et tant de films, écrits, paroles, que le temps rend obsolète: Aujourd’hui que la boucane a fermé ses portes, qu’Octeville a fusionné avec Cherbourg en 2000 et que le Père Marcel est mort, les films de Jean Gaumy se révèlent comme un précieux morceau d’anthologie.

Et moi je suis frappé par la parole des femmes de la conserverie. Il fait froid, le travail d’effilage des poissons est dur, les mains plongées dans l’humidité, les poissons défilent, et il faut y aller. Les langues se jettent des phrases, en riant, en jouant, en se moquant. La vie est là, vraie, prise comme elle est. Frappé encore par des règles d’hygiène, de sécurité qui a contrario de celles d’aujourd’hui ne brident pas les gestes ni la parole. Il y aune sorte de crudité, peut-être proche de la cruauté, qui rapproche les femmes. Elles connaissent la dureté du travail, mais l’humanise par leurs gestes, leurs regards. Elles se moquent de l’homme qui les dirigent, mais l’intègrent à leurs jeux. Elles sont là, il est là. Dans le même bateau.

30 ans nous séparent de ce film. Un siècle. Après Mario Ruspoli, voici un autre regard qui réchauffe.

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Demain l’homme sera un robot,

Les chercheurs du monde entier s’y emploient : robotiser tout ce qui est possible, y compris l’homme, pas simplement ses tâches mais son organisme, son cerveau, sa peau, ses cellules, et même la vie éternelle. En attendant ses beaux jours promis pour nous disent commanditaires et scientifiques, l’actualité suffit: Uber et les constructeurs automobiles avancent à pas de géant pour arriver à la voiture sans chauffeur. Oui, sans chauffeur vous entendez bien, les malappris d’Uber, pas les chauffeurs, le patron, les actionnaires qui se sont servis de l’emploi offert à tant de gens divers dans leur guerre contre les taxis, voilà qu’ils veulent supprimer les chauffeurs et donc les dizaines, les centaines de milliers d’emplois, alibis de départ.

Cela me rappelle les hypermarchés, qui fin 90 début 2000 pour obtenir des ouvertures de nouvelles grandes surfaces, promettait la création d’emplois de caissières. Ils l’ont fait, et maintenant installent des robots. On n’arrête pas le progrès, n’est-ce pas!

Le risque pour Uber est que les chauffeurs s’aperçoivent de l’avenir radieux qu’Uber organise, et qu’ils arrêtent tous de travailler. Ils perdront leur revenu quotidien et Uber les millions de dollars qui chaque jour rentrent dans ses caisses, mais qui est le plus fragile à ce jeu? L’individu ou l’énorme machine à cash tout à coup stoppée avec ses actionnaires, ses banques, inquiets de voir le système déstabilisé? Science et argent, les deux monstres sans conscience. L’avidité de l’un égale l’orgueil de l’autre. Les mythes sont là, bien vivants, toujours vivants. Babel, le Veau d’or…

rajout: oui, il me semble évident que le principal atout d’Uber est la « civilité » introduite » par les chauffeurs d’Uber, et qui a d’ailleurs eu un effet sur les comportements des taxis: courtoisie, tenue (correcte exigée) etc… je veux bien croire que le robot sera propre et fonctionnel, mais nous aurons perdu la chaleur humaine et il n’ira pas jusqu’à sortir de son siège pour mettre la valise dans le coffre et ouvrir la portière du passager, il manquera le sourire, l’humain…

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Mario Ruspoli, prince des baleines

« Il n’y a pas de frontière entre la raison et la folie, » j’aime beaucoup cette phrase d’Edgar Morin à propos de Mario Ruspoli. Mais à propos connaissez-vous Mario Ruspoli? Peut-être en avez-vous entendu parler. C’est avec Jean Rouch, Chris Marker et quelques autres, un des apôtres du cinéma-vérité. Nous sommes dans les années cinquante et des cinéastes veulent rencontrer le monde du réel, en direct. Grâce à ce coffret de ses films, vous allez découvrir à la fois un cinéaste plein d’attentions et d’audace, et un personnage qui aimait « la frontière entre la raison et la folie« . C’est sa frontière aussi qu’il allait chercher comme cinéaste.

Place à Mario Ruspoli, prince des baleines et autres raretés, et authentique prince italien visionnaire : Pendant des siècles, les hommes et les baleines ont appartenu à deux camps ennemis qui s’affrontaient sur un terrain neutre, la nature. Aujourd’hui la nature n’est plus neutre, la frontière s’est déplacée. L’affrontement se fait entre ceux qui se défendent en défendant la nature, et ceux qui la détruisant, se détruisent. Ce commentaire sur des images d’hommes, les pêcheurs des cachalots aux Açores, qui eux, risquent encore leur vie. Images des visages, images du courage, de la mort, du dépeçage de l’immense corps abattu, voilà Les hommes de la baleine, tourné en 1956 autour de l’ile de Pico, aux Açores.

Le coffret contient ce film, et d’autres. Les Inconnus de la terre, tourné en Lozère en 1961. C’est étrange comme cela me semble près et loin. Loin parce que ces hommes ont disparu, emportés par la consommation et l’industrialisation, ici la terre est trop dure, il n’ y a rien à en faire. Près parce que ce qu’ils disent nous parlent bien plus aujourd’hui qu’alors. La violence de la nature, mais aussi le souci de l’homme de l’amadouer, de la comprendre. Cratère, causse, caverne, la Lozère, le plus réussi des pays désolés, admirable en carte postale comme tous les enfers refroidis. Une terre sèche…ici il faut lire entre les routes, il faut surtout écouter le fouet invisible, le fouet fantôme, qui use la Lozère à 140 kms/heure, le vent. Le vent, il courbe la croix, il n’a pas encore pu souffler les hommes...Les hommes de la terre travaillent dans ce qui nous apparait un dénuement total. Ces hommes parlent de leur liberté, de leur choix du travail, de pouvoir s’arrêter s’ils le veulent. Liberté des hommes qui travaillent dur sans autre maitre que la terre.

D’autres : Regard sur la folie, la Fête prisonnière, le Dernier verre, et un remarquable et émouvant portrait de ce cinéaste hors du commun disparu il y a peu d’années, portrait produit et réalisé par Florence Dauman. Un portrait indispensable, contenu dans le DVD 1 et à voir avant de visionner le DVD2. La prochaine fois, je vous parle de l’autre coffret que nous sortons d’un autre cinéaste-vérité, les films de Jean Gaumy.

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Retour à Paris

La capitale est encore à moitié endormie. Le grand retour est pour le weekend prochain. Les voies sur berges ravissent ceux qui sont là, touristes ou aoûtiens. Les berges entre le Quai d’Orsay et le Pont des Invalides, ouvertes récemment aux promeneurs, sont devenues des lieux de fêtes. A l’instar d’autres capitales européennes. C’est joyeux, bon enfant, on boit, on mange, on discute, on déambule. J’ai rendez-vous avec Patrice Franceschi sur son bateau, le trois-mats La Boudeuse, amarré près du pont Alexandre III. Il rentre du Kurdistan syrien le Rojava.
Il y a été bloqué pendant un mois, les turcs fermant la frontière du nord «  ils ne laissent passer que les djihadistes étrangers » nous dit-il. Il assisté à la chute de Manbidj: « les femmes, enfin libres, brulaient les niqabs imposés par les islamistes. » Je ne peux m’empêcher de penser aux centaines de millions de femmes qui, dans le monde, subissent la domination masculine, à qui le voile est imposé, et à l’ahurissant débat sur le sujet chez nous.

Rentrer un samedi permet au dimanche de souffler, de reprendre possession de la ville. A bicyclette. Un livre au hasard chez les bouquinistes des quais. Pour 3 euros, La Liberté ou la mort de Nikos Kazantzaki, auteur de Zorba le grec et du Christ recrucifié, chantre de la libération de la Grèce. Ici, nous sommes en 1889 en Crète. La Grèce a arraché par la force son indépendance en 1824. La Crète est toujours une possession turque. Les chrétiens et les juifs subissent depuis 400 ans le joug de l’occupant ottoman. Pour un des héros du livre, le capétan Michel, il vaut mieux la mort que se soumettre. Un roman plein de fureurs, d’amours, de caractères. Nikos Kazantzaki est autant un poète qu’un romancier. Passionnant et tragique.

La littérature est un formidable récit de nos histoires, de qui nous sommes. Claude Lévi-Strauss expliquait que le respect des autres cultures n’empêchait pas que l’on admire et respecte la sienne.

J’admire, sur les quais, la gaité des promeneurs. Leur liberté. Au Louvre, j’admire une peinture de Goya, La marquise de la Solana. Une position magnifique du modèle, une intimité retenue, un échange que j’imagine entre le peintre et la marquise. Elle n’est pas belle, elle est magnifique par le regard du peintre. Elle va mourir dans l’année, le sait, elle souffre. Ce tableau m’émeut. Le Louvre est un musée inouï, ou tout raconte l’humanité. Qu’est ce que l’art? Qu’est ce que la beauté? Qu’est ce que l’amour? Qu’est ce que l’art nous dit sur nous?  Nous pouvons nous poser la question -les questions- à chaque pas. A chaque regard. Je regarde La Solana, je vois Goya la regarder. C’était il y a près de trois siècles.

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Quel pays !

les habitués de mon blog ne s’en étonneront pas. Chaque été, je parcours la France, et je m’émerveille. Les paysages, les villages, les architectures sacrées ou profanes marquent l’empreinte de l’histoire, des hommes, des siècles: quelle force admirable, quelle intelligence de l’instinct et de l’origine, quelle harmonie construite au fil du temps. Le temps et l’espace quadrillent ce « cher vieux pays » comme aimait l’appeler un des ses amoureux, Charles de Gaulle – au nom si prédestiné-

Mettait-il une majuscule à pays? probablement. Donc je répète : « ce cher vieux Pays« , ou la violence humaine, est visible à chaque pas, devant chaque château-fort, sur les berges des ponts et des rivières, et même devant les cathédrales fortifiées d’Albi ou de Rodez- il n’y a pas que les clochers pour alerter les paysans de la messe ou du danger, il y a aussi les pierres pour qu’ils s’y réfugient-

Voyager à l’intérieur, loin des plages et des foules, c’est encore rencontrer les « gens », ceux qui sont là pour vous recevoir, au camping ou à l’hôtel. La chaleur, souvent écrasante de ce mois d’août, rend encore plus sensible le sourire de l’accueil. Il en faut pour vaincre le désir de fermer les yeux! Envie de sourire, d’accueillir, je trouve tout cela dans les routes sinueuses de l’Aveyron, du Lot, de la Dordogne.

Il faut savoir se perdre, se tromper de chemin: Vue inouïe de la cathédrale de Rodez en arrivant de la route d’Albi, erreur de la copilote ou du pilote qui l’a mal entendue. Nous voilà réconciliés face à ce qui se dresse au loin. Mille ans pour affirmer la foi dans Dieu et les hommes. Que nous soyons croyants ou pas n’a guère d’importance à ce moment, il est bon d’éternité par sa beauté et son histoire. Va ainsi les envies, tous les trois pas, une pancarte indique : bastide de Sauveterre de Rouergue, prieuré du XII° siècle, Collégiale de Villefranche de Rouergue, Figeac, ville d’art et d’histoire. Passons une rivière, longeons les gorges du Lot, Saint Cirq La Popie, le village préféré des français, dit un dépliant, envahi comme le Mont-Saint Michel, et pourtant un autre instant quand sonne l’angélus de midi ce quinze août ou les évêques de France ont demandé aux cloches des églises de sonner pour le Père Hamel. Un chant, à l’intérieur de l’église perchée, résonne si fort pour le souvenir!

Sur la route, les petites routes, de cette France cultivée depuis deux millénaires, le mot culture prend tout son sens. Retrouvez à Figeac, les livres de la librairie Champollion, sur la place Carnot, face à la Halle. Les libraires, des anciens de Virgin Mégastore, Amélie Roques et Marc Fleuret, ont des envies, le montrent. Entrer dans une librairie, c’est aussi la rencontre avec un livre, un auteur, un libraire! Une étape inattendue, à Villefranche de Rouergue, à l’hôtel Les Fleurines, un jeune patron aux goûts affirmés, prendre son petit déjeuner devant la Chapelle des Pénitents noirs, sur des tables de ciments compacts et contre des murs végétale, un mélange de classique et d’audace sans ostentation. Romain Bouillard est aux petits soins pour ses clients. Le sens de l’hospitalité de l’Aveyron. Enfin à Gourdon, en montant au château, n’hésitez pas à pousser la porte d’un étrange lieu, ou vous accueille Jean-Jacques MU, un éditeur anarchiste qui vous offre un thé vert, et donne envie d’ouvrir la discussion. On n’est pas obligé d’être d’accord, mais une heure plus tard on est toujours là.

 

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le temps des vacances,

Le bio, le beau, le bon. Les 3″ b ». En vacances, c’est le moment ou jamais de profiter des 3 « b ».  Le 4 août, nos voisins de la ferme du Gros Chêne organisent une vente- rencontre des producteurs bio locaux. Pascal Cauchois, qui a créé ici, il y a plus de trente ans, un élevage de productions de foie gras bio, vient de passer la main. Mais il reste l’ami de tous, embrassant avec de grandes accolades les parisiens que nous sommes, malgré notre ancrage local. Une bonne centaine de personnes participent aux achats gourmands de légumes, tomates extraordinaires de goûts et de couleurs, bière artisanale brune, blonde, ambrée que chacun apprécie, brochettes et boudins des cochons de la ferme – une production du Gros Chêne exceptionnelle.

La conversation porte aussi sur la fièvre aviaire et ses conséquences désastreuses pour les producteurs locaux. Les contraintes sanitaires, l’arrêt de la production, mais aussi les normes maintenant imposées à tous, mettent en danger la filière artisanale. Ici, il se dit que le virus s’est développé dans un élevage industriel, là ou les animaux sont « concentrés » – ce qui n’étonnera personne- qu’en revanche obliger aussi les « petits » à mettre en place un dispositif coûteux est meurtrier pour des artisans, pourtant attentifs à la qualité et à l’hygiène. Étrange histoire, répétitive. Dommage pour les hommes et les femmes de cette terre, pour Sabine, Antony, Benoit, si attachés à leurs productions- il faut suivre Antony montrer ses 80 cochons « culs noirs », les truies, les portées, expliquer l’espace des animaux, on est si loin de la concentration industrielle! – Depuis des années nous voyons leurs combats pour le « bon », le « bio », le « beau ». Tout cela menacé par un système froid et trop cupide!

Ce qui est encourageant, c’est que malgré tout leur vision gagne du terrain. Ce sont les « consommateurs » qui maintenant demandent les 3 « b », et pas simplement les bobos du 10ème arrondissement de Paris ou des grandes métropoles régionales. A Thenon, à 5 kilomètres de là, village de 2 000 habitants,  à côté d’un Carrefour market ( rayons bio existant) , une boutique des producteurs locaux offre les 3″b ». On se régale, rien qu’en y entrant!

 

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Le temps de la conscience

Dans ce temps de vacances, je voulais vous parler des bons moments que nous rencontrons les uns et les autres. Par exemple, éviter l’autoroute embouteillée, s’égarer sur les petites routes de Corrèze, s’arrêter un instant au Haras de Pompadour, croiser un couple de jeunes tenant une buvette sur un joli plan d’eau, l’évocation avec eux de leur arrivée ici il y a deux ans, venant de la banlieue de Rouen, leurs espoirs, leurs difficultés. Ils ont l’air amoureux, nous avons envie de leur souhaiter bonne chance. Ils ont du courage. Plus loin, par hasard, découvrir le Café cantine du commerce à Gençay, projet alternatif monté par 6 copains, musiciens, travailleurs sociaux, comédien… le village revit là depuis deux ans une drôle d’expérience. Il y a des livres pour les enfants, que conseille à Ambroise, 8 ans, le « serveur » , un des six associés. Menu unique d’un burger frais, avec des frites maison. Les enfants adorent. Nous aussi dès les premières bouchées. Tout est frais local, bio. Rien à voir avec le burger des chaines commerciales. A coté de nous,un étrange personnage apparaît, une sorte de Facteur Cheval bis, le peintre du Monde de Mr. Audin. Mr. Audin, c’est lui, et sa maison, voisine du café, est à l’extérieur comme à l’intérieur, le prolongement de son monde personnel, fantastique, coloré… voilà je voulais vous raconter ces rencontres, ces voyages si simples et si bons, et puis comme au soir du 14 juillet, la nouvelle inonde les médias, nous frappe au cœur.

Un prêtre, agenouillé, égorgé, par deux islamistes . Je ne vais pas refaire le récit de cette nouvelle attaque, vous l’avez eue par les journaux, jusqu’à plus soif, l’écœurement était là des les premières explications. Non, mais quelques réflexions: dans mon dernier blog, je vous livrais cette phrase de l’écrivain algérien Boualem Sansal: le temps de la conscience n’est pas encore arrivé, ce jour là, ajoutait-il, la peur et la défaite changeront de camp. Ce jour là est-il arrivé? A entendre les responsables politiques et les journalistes, non, ils nient tous la profondeur du bouleversement. A ne pas entendre les musulmans de France, non plus! puisque de ce coté, silence assourdissant. Ceux que je rencontre depuis ce matin n’en disent pas un mot. Nous parlons des vols du weekend pour l’Algérie, pour les départs en vacances, nous parlons du temps qu’il fait… du bon temps qu’il y aura en famille en Algérie! Qu’est-ce qui nous empêche d’en parler? Pourquoi ai-je envie de leur dire: sortez dans la rue, tous, chantez la Marseillaise, nettoyez les islamistes dans vos mosquées, que vos femmes et vos filles se dévoilent. Adhérez en force à nos libertés et à notre culture. Pourquoi ne puis-je pas leur dire? Peut-être par peur du choc des civilisations?

Pour moi, le temps annoncé par Boualem Sansal est arrivé: l’attaque d’une église, l’usage du couteau, l’égorgement d’un prêtre, rejoignent une barbarie qui n’est définitivement pas la mienne. Mon histoire, celle de la France, est bien attaquée dans ses fondements même. Ma culture, oubliée par les dirigeants politiques de droite comme de gauche, par cette aveugle technocratie européenne que ces dirigeants ont construite, se réveille. 2 000 ans m’ont façonné, me donnant cette liberté que je chéris, qui est ma vie quotidienne. Et c’est bien cela qui est aujourd’hui menacé.  Il y aura choc des civilisations si tous ceux qui se disent français ne se reconnaissent pas dans cette appartenance. Parcourir la France n’est pas qu’une partie de campagne, c’est aussi reconnaître ses milliers de symboles, les églises, les cathédrales, la beauté si particulière qui les a édifiées, – même dans l’obscurantisme de la religion des hommes- sur la même place du village, que les écoles et les mairies avec la devise à leurs frontons : Liberté, Égalité, Fraternité. La foi dans ces idéaux viennent de cette histoire, presque deux fois millénaires, accouchée dans la violence certes, mais aujourd’hui, synonyme de notre liberté. Il est temps de défendre ces valeurs, et cette histoire. Elles sont belles. Les hommes et les femmes de ce pays sont libres de leur choix. La peur et la défaite doivent changer de camp.

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A quoi se raccrocher quand la boussole s’affole

C’était un de ces moments qui s’annonçait paisible, heureux. Nous étions réunis pour ce long week-end de juillet à la campagne, en famille. Il faisait enfin beau, chaud, pas encore trop chaud, comme c’est le cas aujourd’hui ou j’écris ce blog. Certains avaient le projet d’aller voir le feu d’artifice à Périgueux, à 15 kilomètres d’ici.  La soirée était belle, joyeuse, animée. Pas de conversations politiques, plutôt ce que les uns et les autres aimaient, ou ils en étaient, comment les enfants grandissaient. Nous étions une dizaine autour de la table, sous les pruniers, avec le soleil qui se couchait derrière les arbres, une scène de film, – le cinéma s’est tellement imposé à nous faire croire qu’on le copie alors que c’est ici le contraire-. En pleine nuit, un sms me réveille. Dans le noir de la chambre, je regarde éberlué, puis horrifié la petite lumière qui annonce ce à quoi nous n’arrivons pas à nous habituer. Le massacre de la Promenade des anglais rejoint celui du Bataclan après les autres, et avant les prochains. La douleur, la peur, les sentiments nous submergent. Demain n’est plus qu’un lent écoulement du temps. Nous en avons entendu, vu, commenté, tant et tant. Des aveuglements dont on ne sait par quoi ils sont animés, des appels dont on peut imaginer les intentions. Décidément, seuls, une fois de plus, les écrivains s’approchent de la réalité . Dans Le Monde daté de ce mardi, Boualem Sansal, écrivain algérien, auteur d’un foudroyant 2084, la fin d’un monde nous annonce que la peine et la solidarité – celles des marches silencieuses, des émotions compassionnelles-ne servent déjà plus à rien, le temps de la prise de conscience n’est pas encore arrivé. Ce jour-là, il suffira d’un seul mot pour que la peur et la défaite changent de camp. Boualem Sansal, au contraire de nos sociologues de salons, sait de quoi il parle. Il habite l‘Algérie, comme Kamel Daoud, il vit la montée des danger de l’islamisme. J’aime ses mots. Ils nous parlent de résistance, d’espérance. Boualem Sansal rejoint ses autres hommes dont faisait partie Romain Gary, les héros de la réalité dont le Compagnon de la Libération savait parler. Et cette fameuse phrase, de l’auteur de l’Éducation européenne à elle toute seule si forte d’espoir et de volonté: Le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres.  Un amour du pays, un amour des siens, une force à faire lever.

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un monde si petit

Certains d’entre vous- ceux qui ont lu Dalva, le magnifique livre de Jim Harrison– s’en souviennent peut-être. A un moment, l’héroïne de retour chez elle, dans le Nebraska, reçoit une lettre de Michael, un intellectuel, très à coté de la vie. Pourtant, celui-ci vit une transformation radicale par la lecture de l’extermination des sioux, et plus largement des indiens. Michael prend conscience du monde dans lequel il est, et notamment du déversement des nouvelles sur lui, nous sommes au début 80 : il y avait de fréquents flashes d’information sur toutes les horreurs de la planète – pour la première fois dans l’histoire du monde nous avons simultanément accès à toutes les mauvaises nouvelles.

Ted Turner venait de lancer CNN, une chaine d’informations 24 heures sur 24, Internet n’existait pas encore et l’écrivain américain exprimait son désarroi devant un progrès dont il énumérait les dégâts. Ce matin, Libération consacre deux pages au philosophe Bernard Stiegler à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage Dans la disruption, comment ne pas devenir fou Les Liens qui libèrent. L’accélération de l’innovation court-circuite tout ce qui contribue à l’élaboration de la civilisation, nous dit-il, tout simplement! Et d’une autre manière que Harrison, trente ans plus tôt, il parle des conséquences, mélancolie collective, désespérance etc…nihilisme, destruction des valeurs, une économie de la donnée exclusivement prédatrice, qui repose sur l’élimination des singularités par le calcul.

Voilà donc la mondialisation au pied du mur. A quoi sert-elle? à nourrir le monde, ou à nourrir le Veau d’or. Le monde globalisé, Tour de Babel, les mythes annoncés se réalisant? Tout n’est pas perdu, si les singularités se révoltent, il suffit d’entendre et de voir le discours d‘Emmanuel Faber, patron de Danone, aux étudiants d’HEC, école de commerce dont il est lui-même issu: La main invisible n’est pas la solution, dit-il, parce qu’elle accroit l’injustice sociale. La main invisible, c’est à dire le marché meilleur régulateur du monde, selon son inventeur, l’américain Adam Smith, le dogme absolu du capitalisme, remis en cause par un connaisseur. Une révolution!

 

 

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