Richesse éditoriale! Etes-vous heureux?

Celle des Editions Montparnasse, celle de Carnets Nord. Riche de beaux projets, de passionnantes découvertes. Regardez cette « perle » proposée par Vianney Delourme,  » Chronique d’un été« , ou Jean Rouch, l’ethnologue et Edgard Morin, le sociologue, décident de découvrir à travers des questions posées dans la rue si leurs contemporains sont heureux.  Et par glissements progressifs se posent les raisons ou non du bonheur.

Nous sommes en 1960, les images sont en noir et blanc. Nos deux enquêteurs déléguent à deux jeunes femmes le soin d’arrêter le passant, de tenter d’obtenir une réponse. Une des deux jeunes femmes est Marceline Loridans, rescapée d’Auschwitz, dont on découvrira tatoué sur le bras le sinistre numéro matricule. Et ce n’est pas la moindre surprise de ce film. Les jeunes qui l’entourent croient que c’est un numéro de téléphone, celui d’un amoureux. Ignorance bien plus forte à l’époque qu’aujourd’hui… mais je vous laisse le soin de voir ce stupéfiant document. Avec juste un commentaire: La question du bonheur, y compris souvent citée,  celle de la difficulté matérielle par exemple,  n’est pas d’aujourd’hui!

Chez Carnets Nord, et les sorties que nous propose Hélène de Virieu, il y a le récit bouleversant d’Haydée Sabéran, « Ceux qui passent« . Libération du lundi 12 mars lui consacre deux pages. De nombreux extraits du livre nous emmènent dans l’enfer de la « jungle » , cette zone de transit clandestin autour de Calais, comme la surnomme eux-mêmes ceux qui y vivent ou plutôt y « passent ».

Depuis 12 ans Haydée Sabéran couvre pour Libération la vie de la « jungle », ses habitants, ces hommes et femmes, ces très jeunes qui s’agglutinent ici, venant d’Afghanistan, d’Iran, d’Erythrée, chassés par la faim, la menace de mort… et parfois après des années d’errance, arrivent là avec comme ultime objectif: traverser la Manche, atteindre de l’autre coté ce qu’ils croient un avenir, enfin.

Nous ne sortons pas intacts de ce livre. Quelque soit nos certitudes sur les problématiques rationnelles de l’immigration clandestine. Un clandestin est aussi -et d’abord- un malheureux en danger. Avec une question qui me taraude toujours face à un destin sans pitié. Pourquoi lui? pourquoi pas moi? Pourquoi suis-je là, et pas à sa place? (1) Etrange question, me direz-vous. Peut-être peut on lire « Chronique d’un été » à l’aune de « Ceux qui passent ».  Heureux, dites-vous? Une réponse avec « Vivez » ou Stéphane Hessel donne sa recette de vie dans un entretien accordé à Edouard de Hennezel et Patrice Van Hersel.

Amour, amitié, simplicité me semblent percer à travers chaque ligne de cet opuscule. J’ajouterai encore le goût de la vie, l’énergie, le beau regard que cet homme de 94 ans pose sur ses semblables. « Vivez » s’ajoute à l’édifice entrepris par Stéphane Hessel comme une pierre heureuse et sans prétention. On peut y puiser les idées, les recettes en sachant que chacun voit bien la vie à sa manière. Stéphane Hessel a de la chance! Nous aussi de le rencontrer dans ses pages.

(1) écoutez : http://www.youtube.com/watch?v=NWcCCPMUk_M

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